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Tornos

«Un maillon essentiel pour atteindre nos buts»

Au 1er trimestre, le groupe a essuyé une perte de 1,9 mio, mais enregistre des entrées de commandes en légère augmentation. Pour contrer les effets du franc fort, il confie un nouveau poste stratégique à Luc Widmer

Malgré un résultat négatif au 1er trimestre, «notre objectif pour cette année est d’améliorer notre résultat par rapport à 2014», affirme le directeur général Michael Hauser. Archives-Stéphane Gerber

Philippe Oudot

La brutale décision de la BNS du 15 janvier n’est pas restée sans conséquence pour Tornos. Alors que le groupe prévôtois avait renoué avec les bénéfices l’an dernier, il essuie à nouveau une perte de 1,9 mio pour les trois premiers mois de l’année.

Une perte qui s’explique par le recul du chiffre d’affaires (41,3mios, contre 43,2mios au 1er trimestre 2014, soit -4,5%) et l’évolution négative du taux de change, suite à l’abandon du taux plancher.

Directeur financier, Luc Widmer relativise cette contre-performance, car calculé en monnaies locales le chiffre d’affaires aurait augmenté de 2,1%. Un chiffre d’affaires qui a également été pénalisé en raison des stocks de matières achetés à l’ancien taux, et parce que plusieurs projets complexes n’ont pas pu être facturés au 1er trimestre comme prévu.

Du coup, le groupe affiche un résultat opérationnel (EBIT) négatif d’un million, ainsi qu’un recul au niveau de la trésorerie, à 8mios. Pas de quoi toutefois s’affoler, «car Tornos reste solide financièrement parlant, avec des fonds propres de 82mios, soit près de 61% du total du bilan», assure Luc Widmer.

Bonne réaction

Pour tenter de contrer les effets de l’abandon du taux plancher, «nous avons très vite réagi afin d’atténuer l’impact du renchérissement de nos produits dans la zone euro, qui représente trois quarts de notre chiffre d’affaires», indique Luc Widmer. D’une part, avec des mesures ciblées pour améliorer l’efficience de la production – notamment l’augmentation de la durée de travail hebdomadaire de 40 à 43 heures. Les effets de cette mesure sont toutefois encore modestes, car celle-ci n’a été introduite qu’en mars. D’autre part, «nos équipes de vendeurs ont redoublé d’efforts».

Résultat: le groupe a fait mieux que limiter les dégâts: les entrées de commandes ont atteint 51,3mios, soit un million de plus qu’à la même période de 2014, «trimestre qui était déjà bon», précise Luc Widmer. Et pour pouvoir atteindre les objectifs fixés, ce dernier s’est vu confier de nouvelles responsabilités (voir «Un rôle essentiel»).

Les entrées de commandes se sont bien maintenues dans les secteurs de l’automobile et du médical. En revanche, le groupe prévôtois a ressenti le coup de frein des entreprises suisses suite aux incertitudes liées à l’abandon du taux plancher. «C’est une évidence, on sent une grande prudence de leur part au niveau de leurs investissements», constate Luc Widmer.

Reprise aux Etats-Unis

Dans la zone euro, la situation varie d’un marché à l’autre: les entrées de commandes ont augmenté en France et en Espagne, mais diminué ailleurs, alors que les entrées sont restées stables dans les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine).

Sur le marché américain en revanche, le repositionnement de Tornos aux Etats-Unis porte enfin ses fruits, se réjouit le CEO Michael Hauser: «Tout est désormais en place. Nous avons une nouvelle structure dans notre réseau de distribution, et des produits d’entrée et de milieu de gamme bien adaptés à ce marché.» Un marché où Tornos, qui était présent dans le haut de gamme, a souffert, notamment suite aux délocalisations de plusieurs clients américains en Asie.

Ces machines Tornos d’entrée et de milieu de gamme sont assemblées respectivement à Xi’an, en Chine, et à Taichung, sur l’île de Taïwan. Et comme le précise Luc Widmer, elles sont utilisées dans quasiment tous les segments de marchés – du médical à l’automobile en passant par l’horlogerie et la connectique. S’agissant de leurs performances, il précise que «ce sont des machines qui permettent des travaux de grande précision, mais offrent moins de flexibilité pour l’usinage de pièces complexes.»

Fournisseurs sollicités

Comme d’autres, Tornos a demandé un effort à ses fournisseurs qui facturent leurs prestations en francs, afin de contrer les effets de change de l’euro. Des discussions individuelles qui ont généralement abouti à des rabais allant jusqu’à 15%, indique Luc Widmer. Par ailleurs, Tornos a également pris des mesures afin d’augmenter ses sources d’approvisionnement dans la zone euro, «mais cela ne se fait pas d’un jour à l’autre.»

Enfin, conformément à sa stratégie visant à améliorer son efficience et à réduire ses coûts, Tornos a introduit une analyse mensuelle de l’ensemble de ses départements, afin de mesurer les progrès et de piloter les adaptations nécessaires. Un examen régulier jugé nécessaire, car si certaines mesures ont un impact direct, d’autres nécessitent un temps d’implémentation qui doit être suivi de près.

Un rôle essentiel

Renforcer la flexibilité  Dans le cadre de sa réorientation stratégique lancée à l’automne 2012, Tornos avait non seulement réduit massivement ses effectifs (177 personnes licenciées), mais aussi supprimé trois des six postes de la direction générale. Hier, le groupe prévôtois a fait marche arrière et revu sa structure en créant un nouveau poste au niveau de la direction, afin de pouvoir mieux faire face aux conséquences de l’abandon du taux plancher.

«Nous devons en effet encore renforcer notre flexibilité et notre excellence opérationnelle, afin d’assurer l’approvisionnement optimal de nos lignes de montage, aussi bien à Moutier que dans nos usines en Asie», indique Michael Hauser. «Pour pouvoir livrer les bons produits au bon moment et dans les quantités voulues, nous avons besoin d’un directeur opérationnel qui s’occupe de l’approvisionnement et de la logistique interne et externe.»

Un défi de taille, à l’heure où Tornos recourt toujours davantage à des sous-traitants, mais une solution qui offre un important potentiel d’économies et d’amélioration de la productivité.

Luc Widmer aux commandes  C’est l’actuel directeur financier Luc Widmer qui va prendre les rênes de ce poste stratégique du nouveau domaine de compétences appelé «global supply chain management». Comme le souligne la direction dans un communiqué, «depuis son arrivée en 2012, Luc Widmer a nettement contribué à ce que le groupe Tornos soit aujourd’hui solidement financé. De plus, il a accompagné l’internationalisation du groupe en ce qui concerne les sites de production.»

Pour Michael Hauser, il est la personne la mieux à même d’assumer cette fonction essentielle pour l’avenir du groupe.

Nouveau directeur financier  Pour remplacer Luc Widmer à son poste actuel, le conseil d’administration a nommé un nouveau directeur financier en la personne de Bruno Edelmann.

 

Il prend ses nouvelles fonctions aujourd’hui même. Au bénéfice d’un diplôme d’expert-comptable, ce Suisse âgé de 49 ans dispose d’une large expérience de la direction des finances et du controlling dans l’environnement industriel international. Ces sept dernières années, il a occupé la fonction de chef des finances et du controlling et suppléant du directeur financier chez Feintool. Marié et père de deux enfants, il vit à Orvin.

Par ailleurs, dans le cadre de cette réorganisation et suite aux conséquences de la décision de la BNS, la direction de Tornos a décidé de supprimer un poste récemment créé au niveau des ressources humaines sur le plan international. Responsable du marketing et de la communication, Patrick Köppe souligne toutefois que rien ne change au niveau des ressources humaines pour le site de Moutier.

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