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EPHJ-EPMT-SMT

La montre classique a toujours la cote

Pour ses 15 ans d’existence, le salon de la haute précision a commandé un sondage pour connaître les liens, les habitudes et les préférences des jeunes en matière de montres. Le résultat a été dévoilé hier en ouverture du salon

Hier, c’est le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet qui a coupé le ruban à l’ouverture de l’EPHJ. Ph.. Oudot
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Philippe Oudot

Depuis le lancement de l’Apple Watch, au printemps 2015, d’aucuns prédisaient un véritable raz-de-marée de la montre connectée. Pour évaluer son impact auprès des jeunes, déterminer leur perception de l’horlogerie, connaître leurs attentes et leurs envies, les organisateurs du salon ont commandé un sondage auprès des jeunes de 16 à 25 ans. La société spécialisée MIS-Trend a interrogé un panel représentatif de 1014 personnes (475 en Suisse romande, 539 en Suisse alémanique) au début du mois de février. La marge d’erreur est de 3,1%.
Le résultat de ce sondage a été dévoilé et commenté hier, à l’ouverture du Salon, par plusieurs spécialistes.

A savoir Jean-Daniel Pasche, président de la FH (Fédération de l’industrie horlogère suisse), Xavier Comtesse, créateur du Think Tank «Watch Thinking», Joachim Ziegler, CEOdes bijouteries «Les Ambassadeurs», Servan Peca, journaliste spécialisé, et Joël Laplace, jeune collectionneur.

Une smartwatch? Bof...

Le moins qu’on puisse dire, c’est que si les smartwatches font le buzz, elles ne cartonnent pas auprès des jeunes:ils ne sont en effet que 20% à manifester de l’intérêt pour une smartwatch. En revanche, deux tiers se disent apprécier les belles montres classiques. D’ailleurs, àvaleur égale, 77% des sondés choisiraient une montre classique, contre 18% une connectée. Un intérêt pour la belle horlogerie plus marqué en Suisse romande qu’outre-Sarine. «Parce que les Alémaniques sont plus modernes», a estimé Xavier Comtesse. «Non, parce que les Romands sont culturellement plus concernés par l’horlogerie», a rétorqué Jean-Daniel Pasche.

Malgré cet intérêt pour la montre, c’est le smartphone qui est cité comme 1er moyen pour voir l’heure (61%), loin devant la montre classique (31%). Etonnant, quand on sait qu’ils sont un peu plus de la moitié (56%) à porter une montre régulièrement, voire tous les jours.  

Swatch cartonne

S’agissant des différentes marques, Swatch est non seulement la plus connue (80%), mais aussi la préférée (48%)des jeunes sondés et celle que beaucoup possèdent (40%). En matière de notoriété, elle devance Rolex (67%) et Tissot (33%). Un classement qui reste le même s’agissant des préférences. En revanche, ces deux marques (11%) sont devancées par Fossil (12%) en ce qui concerne la marque qu’ils possèdent, derrière Swatch. Pour Xavier Comtesse, cela montre à quel point Nicolas Hayek avait vu juste avec la Swatch.

S’agissant du prix moyen des montres que les jeunes possèdent, il est de 747fr. Un prix moyen relativement élevé, vu que plus d’un tiers ont des montres à moins de 200fr., mais cela tient au fait que quelques jeunes possèdent des montres à plus de 10000fr.

A noter que le garde-temps reste un cadeau très classique, puisque 47% des sondés disent avoir reçu leur montre, et que pour 68% d’entre eux, une belle montre reste le cadeau de Noël de luxe qu’ils choisiraient, devant le dernier smartphone (57%). Anoter que 49%ont acheté leur montre eux-mêmes, les 4%restant l’ayant reçu en héritage. On relève enfin que les jeunes possèdent en moyenne 2,5montres, «ce qui est réjouissant pour l’avenir», a souligné Joachim Ziegler.

D’autant que 24%d’entre eux sont prêts à dépenser plusieurs centaines de francs pour acquérir une belle pièce ces deux prochaines années, et 34%à plus long terme.

Quoi qu’il en soit, beaucoup de jeunes (45%) considèrent que la montre est un objet qui marque un certain style. La forme et la couleur sont des critères importants (71%). Ils sont près d’un tiers à apprécier le mécanisme, ou d’avoir un bel objet. En revanche, ils ne sont que 15% à dire que c’est le signe d’un certain statut social. «Le statut social, ça ne veut rien dire pour eux. Il a été remplacé par l’appartenance à une tribu, Benetton ou autre», a observé Xavier Comtesse.

En matière d’information et de publicité, les jeunes disent s’informer des nouveautés d’abord par la pub, ou directement dans les bijouteries. Et quand il s’agit de citer une célébrité faisant de la pub pour une marque, c’est Federer (pour Rolex) qui vient à l’esprit (23%), loin devant les Clooney et autres di Caprio.

Appel à la Confédération

Si la montre connectée ne fait pas encore un tabac, Xavier Comtesse a estimé que la Suisse avait un urgent besoin d’une smartwatch vraiment Swiss made. Fustigeant le partenariat de Tag Heuer avec le géant américain Intel, il a assuré que la Suisse avait les compétences pour la faire. A ses yeux, l’horlogerie suisse souffre d’un problème structurel, comme dans les années 70 avec le quartz. A l’époque, la Confédération avait mis les moyens nécessaires, avec le CSEM notamment, pour répondre au défi du quartz. Il faudrait un programme national d’au moins 40 mios de francs par an sur dix ans.

«Avec cela, on écraserait les Californiens!», a-t-il lancé. Sinon, il a prédit une catastrophe. Un pessimisme de loin pas partagé par Jean-Daniel Pasche pour qui il serait certes bon que les entreprises puissent s’appuyer davantage sur des institutions comme le CSEM, mais il croit davantage à la volonté de ces dernières plutôt qu’au programme national que Xavier Comtesse appelle de ses vœux.

Le salon en bref

Leader dans le domaine de la haute précision, le rendez-vous genevois est le plus important salon professionnel de Suisse. Il rassemble trois secteurs d’activités sous le même toit: l’EPHJ (Environnement professionnel horlogerie-joaillerie), l’EPMT (Environnement professionnel microtechnologies) et le SMT (Swiss Medical Technologies).

Le premier regroupe les métiers et entreprises en aval et en amont du produit horloger (design, matières, fabrication, appareils de contrôle, packaging, etc.) Le 2e accueille les entreprises actives dans les micro et nanotechnologies, alors que le 3e réunit les spécialistes de l’industrie médicale.

Depuis hier et jusqu’à vendredi, les 881 exposants y attendent quelque 20000 visiteurs venus découvrir les dernières innovations.

Hier, à l’heure de couper le ruban, Pierre Maudet, conseiller d’Etat genevois en charge de l’Economie, a souligné l’importance de ce rendez-vous pour toute l’industrie de la précision et de la sous-traitance. «Celle-ci a certes souffert en 2015 avec l’abolition du taux plancher, mais elle a su résister en se diversifiant grâce au terreau fertile qu’offre cette région.»

De son côté, Robert Hensler, président de Palexpo, qui accueille la manifestation, a qualifié ce rendez-vous d’«accélérateur d’affaires», soulignant le rôle moteur de ce secteur. Sur les 881 exposants, 50% viennent de Suisse romande, 30% de Suisse alémanique, le reste de l’étranger. La région Jura bernois-Bienne-Seeland est particulièrement bien représentée, avec pas moins de 123 exposants.

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